Venez écouter l'Antarctique au travers de la série de reportage de France culture : un été en Antarctique.
Nicolas MARTIN nous a accompagné cette été pour notre arrivée à DDU.
Vous pourrez y découvrir la traversée à bord de l'Astrolabe, l'arrivée sur la base et la vie sur base au travers des récits des ornithologues, glaciologues, électriciens, plombiers ou menuisiers, campagnards d'été ou hivernants.
Diffusion entre 12h et 12h30 du 1er au 12 juillet sur France culture ou bien en podcast.
Nous à DDU on a écouté et on a bien apprécié.
dimanche 30 juin 2019
mercredi 15 mai 2019
82 jours plus tard
82 jours d’hivernage, 157 jours à DDU
Voilà bien longtemps
que je n’ai pas donné de nouvelles ici.
La principale raison à cette absence c’est le changement de
rythme, la cadence était très soutenue
pendant la campagne d’été, Avec le début de l’hivernage la contrainte n’est pas
la même, la relève et le matériel n’arrivant que dans huit mois. Nous avons
plus de temps J’ai donc remis au
lendemain plusieurs fois l’écriture de l’article pour profiter au maximum de la
base et des alentours mais a un moment il faut s’y mettre. Je vais donc essayer
de faire un résumer des dernières semaines écoulées depuis le départ de
l’Astrolabe.
| Lever de soleil sur le glacier de l'Astrolabe |
Au boulot il y eu une grosse période d’activité, j’ai passé
un mois à changer les chaînes de chenilles sur la chargeuse, le gros chantier de
cette année pour le garage en plus de quelques modifications. Les journées
s’enchainent à un rythme très élevé, les semaines s’étirent en mois. J’ai
également préparé la plupart des véhicules pour l’hivernage dans le hangar
engins à l’abri (relatif) du vent et de la neige, j’ai encore quelques
chantiers à réaliser avant la fin de l’hivernage.
La météo pendant le mois de Mars à été très régulière deux
jours de tempête puis deux jours de nuages et de catabatique et enfin deux
jours de relativement beau sans trop de vent. En avril en revanche le temps à
été moins clément, avec plus de coup de vent et plus long. On a débuté le mois
avec une tempête de 4 jours avec des vents moyen de plus de 50 kt ( 92 km/h) et
des rafales à 106 Kt (196.3 km/h). Mercredi 17 avril on a essuyé une belle
quantité de neige, en deux jours la neige est tombé en quantité, avec le vent
sur la base les congères de 4m sont apparues derrière certains bâtiments, il
faudra faire un peu de déneigement avec les machines, le matin une grande
partie de la base était occupée à dégager les accès aux bâtiments et les
passerelles. Depuis un mois environ les
tempêtes se font moins fréquentes, en revanche les températures descendent aux
environ de – 20°C (record – 24.4° le 4 mai) et ne remonte plus au dessus de –
5° les jours les plus chaud. La neige tombe également plus souvent.
| L'ile des pétrels séparée du continent |
L’ambiance au sein de l’équipe est toujours bonne, il ne se
passe pas une journée sans une bonne tranche de rire. Quelques soirées sont
également venues égayer les samedis soirs : anniversaires, fête ou soirées
costumées nous avons donc eu la Saint Patrick, une soirée polynésienne, les bronzés font du ski, divinités ….
La nuit polaire prend doucement ses quartiers, on perd
environ huit minutes de soleil par jour,
ça ressemblais pendant un temps à ce qu’on pouvait avoir en France en hiver
mais depuis quelques semaines c’est bien plus prononcé. Aujourd’hui le soleil
se lève à 9h50 et se couche à 15h21, même au zénith le soleil n’est pas très
haut L’après midi ressemble à un très long crépuscule
| Aurore australe |
Le gros avantage d’avoir plus de nuit c’est que le créneau
pour l’observation des aurores australes sont plus important, malgré que l’on
soit cette année dans une période de faible activités solaire, on a quand même
eux le droit au spectacle saisissant des voiles verts dansants dans la nuit
| Aurore au dessus du Lion |
A force de subir les assauts répété la banquise
pluriannuelle à fini par débâcler complètement autour de l’ile des pétrels en
mars, nous sommes redevenus temporairement une ile, dès que le vent tombe la
banquise se reforme, mais se désagrège quand le catabatique reprend. Pour que
la banquise se forme il faut que l’eau de mer atteigne une température de
-1,8°C sur l’ensemble de la hauteur de colonne d’eau.
| Les pancakes, début de la formation de la banquise |
Depuis quelques semaines le temps est moins venteux les
tempêtes moins fréquentes la banquise à réussi à se reformer d’abord à certains
endroits abrités, entre les iles
principalement, ensuite jusqu’à l’horizon. On distingue encore une ligne foncée
juste sous l’horizon qui nous indique la polynie distante
de plus de 11km.
Les premières sortie banquise ont pu avoir lieu jusqu’à la
manchotière dans un premier temps puis les iles proches. La semaine dernière
une équipe à parcourut les 5 kms qui nous séparent du continent pour
reconnaitre un axe jusqu’au continent et la base Prud’homme.
Les premiers pas sur la banquise sont très impressionnants,
venir marcher à l’endroit même ou quelques jours plus tôt il y avait la mer et
se demander si cette couche de glace va tenir sous son poids. Des forages sont
effectués très régulièrement pour s’assurer de l’état et l’épaisseur de la
banquise, pour les premières sorties il
y avait 30 centimètres de glace, la
banquise atteint maintenant 70 à 80 centimètres
par endroit.
| Manchot Empereur |
Coté faune c’est beaucoup moins varié, les adélies sont
partis pour la plupart en même temps que l’Astrolabe, tant que l’eau libre
était proche on a vu quelques individus autour de la base. Les Skuas
antarctiques ont trainés un peu plus mais ont finis par partir, comme les
pétrels des neiges et les damiers. Ils nous arrivent de les apercevoir quand la
polynie est proche de la Base, mais ils se font plus rares. Avec le départ des
poussins adélies on a eu la visite de
deux léopards de mer, le chasseur par excellence dans la zone de banquise. Du
coté des arrivées nous avons maintenant les manchots empereurs, eux arrivent au
début de l’hiver pour se reproduire, ils passent la saison nocturne dans la
manchotiere, sans avoir la possibilité de se nourrir pendant une période assez
longue. Les œufs sont en cours de ponte, rapidement récupérés par les males
alors que les femelles repartent en mer se nourrir et ramener de la nourriture
pour la future progéniture.
| Méfiance à l'approche des hivernants |
Avec le retour de la banquise les manips ont repris hors de
la base notamment pour Virgil et Douglas, les deux ornithos, qui était
impatient d’aller voir ce qui se tramait du coté de l’ile Rostand où les
empereurs tiennent villégiature cette année encore. J’ai pu les accompagner et
travailler en particulier avec Douglas, qui étudie le chant des manchots, afin
de suivre les même individus toute la saison, il faut marquer avec de la
peinture les manchot qui ont été transpondés les années précédentes. Il a donc
mis en place une antenne sur laquelle les manchots passent. Ils arrivent en
colonne sur un rang ce qui facilite un peu la manip. Je devais donc indiquer à
Doug lequel était transpondés, il leur appliquait ensuite de la peinture sur le
poitrail à l’aide d’une longue perche. Comme seul un faible pourcentage de la
manchotière est équipée, il faut patienter un long moment dans le froid en
attendant qu’un client se présente, parfois sans faire de marquage pendant
plusieurs heures
![]() |
| La pelle : notre précieuse alliée (photo@Mravitch) |
Une autre sortie sur la banquise à été conduite également à
proximité de la manchotière pour déneiger un abri, pour les manipeurs, et en
particulier les ornithos. La cabane n’avait pas été déneigé depuis 3 ans il y
avait donc de quoi faire
![]() |
| La fine équipe au fond du trou (photo@Mravitch) |
mardi 26 février 2019
Et soudain le silence
Vendredi 22 février, il est 6h je sors du dortoir pour aller
prendre le quart à la centrale. Dehors le soleil est déjà haut dans le ciel et
brille sans concurrence, aucun nuage d’un horizon à l’autre. Le vent est tombé,
la mer est plate, sans une ride, la
température est agréable, environ cinq degrés négatif.
Pourtant la base a changé, tout est calme très tranquille.
Les adélies se font rares sur
le haut de la base, pas un véhicule ne circule, l’hélico est parti. Un
sentiment m’envahis je suis frappé par le silence, je n’y avais jamais vraiment
fait attention.
Tout cela je le redécouvre dans la fraicheur du matin, ça y
est l’hivernage a commencé.
Depuis la veille au soir nous sommes vingt-trois, vingt-trois
hivernants isolés sur un morceau de rocher, seuls pour huit mois sans
ravitaillement possible. La base la plus proche est Casey, station australienne
à mille kilomètres à l’ouest.
Le dernier bateau appareillé à 21h30, emportant avec lui
les derniers campagnards d’été, dans la pénombre naissante nous saluons le
départ avec quelque flares, l’image est exceptionnelle, le temps est très
antarctique, le catabatique bien établi traverse les couches de vêtement, un
plafond nuageux assez bas cache la lune.
| Dernier appareillage de L'Astrolabe pour la CE 18/19 crédit photo Gaëtan Heymes |
En remontant au séjour, un sentiment d’euphorie semble nous envahir, ça y est l’hivernage est
lancé, nous sommes contents, voilà presque trois mois que nous sommes arrivés ici,
plus longtemps même pour certains, et le moment que l’on attendait arrive
finalement. On traine un peu dans la nuit, profitant de ce moment.
| Feu d'artifice sur DDU crédit photo Gaëtan Heymes |
Samedi pour célébrer le début de notre aventure et changer
de l’ordinaire nous faisons un barbecue au dortoir été sous le soleil
magnifique et le vent qui n’est pas réapparu. Sur la mer d’huile qui nous
sépare du continent, on observe les premiers pancakes de glace, début du
processus de formation de la banquise, le léopard de mer vient faire quelques
rides sur la surface plane de l’eau. Le moment est génial, le temps semble
suspendre son cours, les rires fusent autour de la table, Bertrand notre chef
cuisinier s’est surpassé comme d’habitude.
| Le barbecue par -5°C crédit photo Gaëtan Heymes |
DDU est maintenant isolé pour les huit prochains mois,
malgré cela les premières heures de
l’hivernage sont magnifiques, et me laissent de très bon souvenirs et des
images plein la tête.
vendredi 8 février 2019
3ème rotation
Avec un peu de retard de publication, quelques problèmes de connexion avec le monde extérieur ces derniers jours :
L’Astrolabe vient de revenir pour R3, l’avant dernière
rotation.
A bord Mr Chapelaz le
directeur de l’ipev et Mme Decorps Préfet des Terres Australes et Antarctiques
Françaises, qui viennent visiter la station. Pour l’occasion les couleurs sont
hissées sur le mat de la base.
C’est une semaine un peu compliqué pour la rotation, en
effet la météo n’est pas du tout au rendez-vous. L’astrolabe est accueilli par
une tempête de trois jours avec du catabatique soufflant à plus de 80 nœuds, le
déchargement du fret a pu débuter seulement jeudi.
Cette rotation est un peu spéciale, jusqu’à maintenant le
bateau amenait plus de personnel qu’il n’en ramenait, mais sur le retour cette
fois ci il y aura beaucoup de monde. Un part importante de la campagne d’été
scientifique s’en va, les derniers hivernants de la TA68 également. Il faut
dire au revoir aux partants, ce qui n’est pas bien facile, voilà deux mois que
nous partageons notre quotidien, la base de DDU commence à se vider.
La nuit est également
revenue, enfin l’obscurité plutôt, puisque la lumière ne tombe pas complétement
durant les cinq heures où le soleil disparait derrière l’horizon, mais la
différence est vraiment marquée après des semaines de jour polaire.
| Le mat Iono et les colonies d'Adélie |
| L'Astrolabe à quai dans la pénombre |
dimanche 13 janvier 2019
Manchot adélie
Le Manchot Adélie c’est la star de DDU, ils sont omniprésent,
le moindre éperon rocheux dépassant de la neige est utilisé pour nicher.
![]() |
| Départ pour la mer |
| Couvaison |
| Prise de bec |
| Inspection de l’œuf |
A la naissance les poussins sont recouverts de duvet,
celui-ci leur permet de survivre aux températures fraiches mais leur interdit
la mise à l’eau, ils leur faut attendre la première mue qui apportera les
plumes. Les juvéniles prennent alors "leur envol", exploit qu'il ne pourront rééditer (humour de manchologues).
C’est un plaisir de constater à quel point l’Adélie est
adapté au milieu hostile dans lequel il évolue, une couche de graisse sous
cutané l’isole du vent et du froid mordant Leur démarche un peu gauche sur le
sol laisse place à une habilité hors normes qu’ils peuvent déployer dans l’eau.
Tout dans leur constitution les destinent au milieu aquatique : des
ailerons plus proches de ceux des poissons que des oiseaux. Leur plumage est
également étudié pour leur permettre de glisser avec très peu de résistance dû
aux frottements de l’eau, d’aspect comme au toucher les plumes ressemblent à
des écailles. Le manchot adélie ressemble à une torpille un fois dans l’eau.
| Les plumes de manchot Adélie |
Comme les manchots adultes n’ont pas de prédateur terrestre, ils sont très peu craintifs vis-à-vis de l’homme. Il faut même les qualifier de curieux, il est ainsi très facile de laisser un individu s’approcher à quelques mètres de soi : assis ou allongé dans la neige sans mouvements brusque quelques adélies viennent rapidement examiner l’étrange spectacle de l’hivernant armé de son appareil photo, nous permettant ainsi ces quelques beaux clichés.
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